Féminisme

Mise au point annuelle : la Femme n’existe pas

Le 8 mars est la journée internationale de lutte pour les droits des femmes et, invariablement, une mise au point courue d’avance y attend les militantes.

Le désappointement est le même chaque année à l’approche du 8 mars quand se mettent à proliférer des chroniques au sujet de la journée « de la femme » dans les médias et que pullulent dans les publicités des remises sur les cosmétiques, produits minceurs et articles électroménagers pour sa célébration. L’agacement est porté à son paroxysme quand, le jour J, les réseaux sociaux croulent sous les publications affichant les petites attentions portées par des hommes (et même par des femmes, d’ailleurs [*]) aux femmes de leur entourage pour l’occasion.

Voici donc que la journée de lutte pour les droits des femmes est en fait pour la majorité des citoyen.ne.s la journée (voire la fête) de la femme.

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Illustration inspirée par Les EfFRONTé-e-s

Sans m’étendre sur l’origine du quiproquo qui n’est autre qu’une erreur de traduction commise par les Nations Unies en 1977 [**], je souhaiterais aujourd’hui brièvement exposer les raisons pour lesquelles ce court-circuit soulève un problème bien plus contrariant que l’erreur de syntaxe en apparence banale de laquelle il a émergé.

Parler de la femme au singulier revient à utiliser un langage extrêmement réducteur et essentialisant. En effet, cela réduit les femmes à une seule de leurs dimensions comme si elles possédaient une essence et formaient une entité chosifiée. En ce sens, cela revient à passer outre leur individualité et donc leur pluralité. L’emploi du singulier suggère ainsi une identité normative et stéréotypée de la femme tandis que l’utilisation du pluriel tient compte de la multiplicité et de la diversité des femmes.

Le choix des mots n’est donc parfois pas aussi anodin qu’il n’y parait ; il forme la pensée, organise notre réalité et contribue à perpétuer nos préjugés de manière très insidieuse dans l’inconscient collectif. C’est ainsi que, tous les 8 mars, les militant.e.s (pro-)féministes sont accusé.e.s de lancer une querelle stérile alors que c’est ce détournement lexical même qui encourage certain.e.s, le plus souvent inconsciemment, à célébrer le genre féminin plutôt qu’à lutter pour les droits des femmes en ce jour.

Il est donc absolument nécessaire de mettre ce malheureux raccourci en lumière aussi souvent que nécessaire pour éviter que le 8 mars ne se transforme d’année en année en journée… des stéréotypes sexistes féminins !

Notes

[*] Bien intentionné.e.s, certes ! Je ne remets pas en question le fait que ces gestes partent d’une bonne intention.

[**] Women’s = femmes.

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